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Mon plus beau métier du monde

  • Photo du rédacteur: Circé
    Circé
  • 24 avr.
  • 3 min de lecture

« Il faut que tu t’endurcisses », « Les clients jouent, ne leur fais pas confiance », « Une pute, c’est une actrice ». J’aime mes collègues et j’apprécie qu’ils me fassent part de leur expérience, plus importante que la mienne. Et pourtant, ce sont des mots poignards. Et pourtant, je suis habituée à ne suivre que mon chemin, sur ce genre de questions. Habituée qu’on ait peur pour moi, aussi.

Au fond de toutes mes fibres, je rejette tout ça. Ce n’est pas moi. Ce n’est pas pour ça que je fais ce métier.

Je travaille avec tout moi, et surtout avec mon amour. Cet amour de moi et du monde, de moi et du monde que je retrouve dans chacun, univers merveilleux. Et au pouvoir de la confiance, de la tendresse, pour faire germer de si jolies choses.

 

J’ai toujours su que c’était ça que je voulais faire, pute. Depuis toute petite. Que c’était en escort que je voulais le faire, depuis que j’ai commencé dans la profession. C’est à mes yeux le plus beau métier du monde. Pour moi. Et pour ce que je peux lui donner, au monde, en faisant ce métier-là. Plus d’empathie. Plus d’écoute. Plus de tendresse, plus de plaisir. Je passe mes journées devant mon ordi et mon smartphone. À répondre à mille messages dont peu aboutissent à quelque chose qui nous conviendra. À tenter de comprendre comment trouver et toucher mes gens, mes clients. Qui vont rentrer dans ma vie. Avec qui je vais aimer, partager, rire, gémir.

Chaque nouveau message est la promesse d’un monde potentiel à découvrir. Avec ses fêlures, ses vallons, ses soleils. À chaque message, je me branche sur l’onde que je reçois, pour voir comment je peux concentrer le meilleur de moi et répondre à ces questions qu’on ne me posera pas, parce qu’on ne sait pas qu’on doit les poser.

 

Ça faisait une semaine que je me réjouissais de ce rendez-vous, et le fameux jour est enfin arrivé. J’ai le trac. Je suis impatiente. Un sms. Excuse. Il est désolé. Il ne viendra pas. Subitement, les heures de concentration pour être disponible au mieux, que je m’étais prévues dans l’après-midi, se vident. Que faire ?

Je me rabats sur la préparation du prochain rendez-vous, dans quelques jours. Ce sera juste une heure, je ne sais pas grand chose de lui, mais j’aime bien la façon dont il me parle, je suis curieuse d’en savoir plus. Tiens, le voilà justement qui m’envoie un message ! Il annule. Est désolé. A une excuse.

Deux en deux heures. C’est dur. Appel des potes putes et conseils ci-dessus. Je comprends pourquoi ils travaillent comme ça. Je comprends qu’ils se protègent. Je comprends que c’est une demande des clients, le jeu, le faire semblant. Mais ce n’est pas pour moi. Ce n’est pas juste pour moi.

Et je suis dévastée. Et je prends une pause pour me concentrer sur une série. Et je comprends pourquoi ils me disent ça. « Tu prends tout à cœur, tu vas te faire mal. »

Ils ont raison, j’ai mal. Mais j’aurais encore plus mal si je ne travaillais pas avec le meilleur de ce que je suis. Avec mon amour, aussi. Ce qui fait mal, là, maintenant.

Alors, je regarde une série. Puis demain, je recommencerai à chercher comment trouver mes gens. Ceux qui ont besoin de moi. De mon cœur et de ma tendresse. Parce que je sais que le monde en a besoin. Parce que c’est ça qui fait que ce métier est pour moi. Mon plus beau métier du monde.

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